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Se tenir « droit », « debout » face aux pires extrémités, comme un repère. L’exigence de soi, la sculpture de soi, quand tout vacille. Une ‘juste’ question de style.

Se tenir « droit », « debout » face aux pires extrémités, comme un repère. L’exigence de soi, la sculpture de soi, quand tout vacille. Une ‘juste’ question de style.

Francis Kurkdjian Le luxe de l’air pur

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C’est à la fois l’auteur de grands bestsellers du parfum, et le compositeur du sur-mesure. Au moment où sa Maison vient de rejoindre le groupe LVMH, rencontre avec Francis Kurkdjian, créateur de l’excellence... qui ne manque pas d’air.  

En 2001, vous créez votre atelier de parfum sur mesure. Qu’est-ce qui motive cette évolution au début des années 2000 ?

F.K. Je voulais m’éloigner de la standardisation qui commençait à sévir dans l’industrie du parfum, de cette idée du « masstige » — le prestige pour tous—, du luxe accessible. Le luxe, c’est-à-dire le mieux dans l’excellence, ce n’est malheureusement pas démocratique. La rareté et la disponibilité de certaines matières premières vous empêche parfois de les utiliser dans des parfums qui s’adressent au plus grand nombre. J’avais envie de faire de la parfumerie autrement. Le sur-mesure c’est n’avoir pour limite que sa propre créativité.

L’odeur du cuir par exemple ça donnerait quoi ?

F.K. Aujourd’hui le tannage est tellement bien fait que les cuirs ne sentent plus grand chose. Ce qui m’intéresserait, ce serait de comprendre le toucher du cuir, son moelleux. Pour moi, il est plus intéressant de traduire en odeur la sensation du cuir que de recréer l’odeur du cuir elle-même. Le cuir est inspirant. D’ailleurs en 2014, j’ai développé, en collaboration avec l’Atelier Renard sellier à Paris, une collection de porte-cartes en cuir parfumé, renouant ainsi avec la tradition des maîtres gantiers du XIIe siècle.

Une odeur qui vous résiste ?

F.K. L’odeur du chaud est compliquée à faire. J’ai des obsessions comme le vent tiède — cela tient probablement à mes origines. Mes parents ont une maison au bord de la mer, et il y a un coin que j’adore dans le jardin, avec deux pins parasol et un chêne vert. En août, il se passe quelque chose, que je n’arrive pas encore à comprendre. J’ai un nez qui fonctionne comme un oeil ; quand je sens une odeur, c’est comme si je voyais un tableau, les couleurs, les structures. Ce coin de jardin au bord de la mer est encore très abstrait.

Et l’odeur du luxe?

F.K. Ce 21e siècle nous oblige à redéfinir des mots pour leur donner une autre identité dématérialisée. Alors l’odeur du luxe aujourd’hui, est-ce que ce ne serait pas de respirer un air non pollué ? Le luxe ? Juste avoir un air pur.

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